mardi 30 décembre 2008

Maux de mots sans de sang


Tu as saigné tous mes mots
Tu les as broyés jusqu'aux os
Je me sens comme un mégot
Que l'on jette dans un dalot.

Tu m'as interdit le démonstratif
Privé de l'imparfait du subjonctif
J'ai en le verbe pour le moins émotif
À ne conjuguer qu'en mode gérondif.

Même si ce n'était impératif
Tu m'as émasculé l'adjectif
En dépouillant mes superlatifs
Mes mots sont devenus chétifs.

Tu as cassé les reins aux prénoms
Massacré au vif mon armée de noms
Tout juste permis le Oui et le Non
En me vidant du moindre pronom.

Mes mots étaient bout-en-train
Avant que tu leur casses les reins
Tu trouvais qu'ils faisaient du train
en se tenant la main dans un quatrain.

Que me restera-t-il de substantif
Pour m'éviter de n'être que relatif
Mon vocabulaire restera à ta merci
Si tant est qu'il retrouve sa graphie.

Alors, je hurle et je crie à l'infini
Je dis que tu ne m'as pas tout pris
Je garde cette petite partie de moi
qui est plus grande que tout toi.

mercredi 17 décembre 2008

Aventure de culture


Depuis le début des temps
l'Histoire s'écrivit en sang
En ne comptant pas ses ans
elle cicatriserait tout autant

L'Histoire sera tant et tant
comme un signe des temps
dans ses rides éternellement
et dans les yeux des enfants

Sinon que nous reste-il
des foutus ainsi-soit-Il
que l'on prononçe en file
en se rêvant sur une île?

L'Histoire a des vergetures
c'est une sorte de signature
témoignant combien dures
peuvent être les cultures.

samedi 6 décembre 2008

Propriétaire terrien de rien


Encalminé en plein centre de rien
J’aurais voulu en être le jardinier
Être sous terre, sans de propriétaires
Et avoir la mer, comme cours arrière.

Alors, je deviendrais un sédentaire
Qui laboure en ensemençant la terre
J’aurais tout l’air du vrai prolétaire
Qui a eu raison de vos mercenaires.

N’ayant plus rien à voir avec ceux d’hier
Je serai à l’abri de vos crises financières
Et de vos foutus décrets. Et de vos sales guéguerres
Je ne suis qu'un solitaire qui n'a plus à être solidaire !

Tôt, mon jardin ressemblera à une mer
Qui ne sait plus des baleines que faire
Un gitan pigera dans ses fruits amers
Alors je la protégerai d’une grille en fer.

Je redeviendrai propriétaire de ma terre
Je lèverai une armée et partirai en guerre
Et s’il le faut, je contaminerai tout l’air
Et empoissonnerai les poissons des mers.

Et lorsque je serai enfin seul
Et que j’aurai la sale gueule
Je ne serai plus qu'un grabataire
N’ayant rien, rien laissé derrière.